J’aimerais revoir la mer

photographie de caroline brûlon, le guilvinec, mer et jeune fille, mademoiselle cordélia

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J’aimerais tant revoir la mer. Ma mer. Pas la Méditerranée, pas la Manche, pas même l’Atlantique de Vendée ou du Finistère Nord. Non, je veux revoir ma mer. Celle du Finistère sud, du Pays Bigouden. Pennmac’h, Saint-Guénolé et Treffiagat-Léchiagat. La pointe de la Torche et ses vagues à vous en arracher les os. Les plages de galets sur la cote ouest. La Pointe du Raz et mon visage fouetté par mes propres cheveux.

Le sable fin de la Grève Blanche et ses lignes

“ Chroniques de la fin d’un monde ”

de coquillages où j’espère encore trouver des porte-bonheurs. Et les tas de goémon qui me faisaient me boucher le nez. Les grains épais du petit coin de plage entre les rochers, juste devant Pierre & Vacances, avec ce rocher qui ressemblait à s’y méprendre à celui de la Petite Sirène.

Je veux m’asseoir à la pointe du Guilvinec, sur le petit muret et balancer mes jambes dans le vide. Là où il a ce gros rocher blanc et ce manoir que j’imaginais hanté. Là où si on ne court pas assez vite sur les rochers, on se fait piéger par la marée. Je me rappelle que je pouvais courir sur les rochers, je connaissais l’emplacement de chacun d’entre eux. Certains étaient doux, d’autres rugueux. Je savais où la mer allait commencer à s’engouffrer, où les rochers étaient trop abrupts pour être escaladés.

J’aimerais retourner en Pays Bigouden. J’aimerais rentrer au Guilvinec.

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Je ne me rappelle même pas de la dernière fois où j’ai mis les pieds au Guilvinec. Ce devait être un peu après que mes parents aient vendu notre maison de vacances, celle où il y avait la plupart de mes souvenirs d’enfance. J’avais profité de l’invitation d’une de mes amies restées là-bas. C’était peut-être juste avant la prépa, ou juste après. Je me rappelle aussi être allée à Brest, mais ce n’était pas pareil. Vraiment pas pareil. Quoi qu’on en dise, ça reste chez moi, là-bas. Même s’il paraît que quatre ans, ce n’est rien dans une vie.

Ce ne sont que quatre ans, mais ce sont mes souvenirs d’enfance les plus précis. Je me souviens de tout, de presque tout. Et même après, lorsqu’on y retournait pour les vacances. La mer me manque, les rochers aussi, l’odeur de vent salé, la morsure du froid, les petites gouttes d’eau sur mes lunettes et le cri des goélands à l’heure où les bateaux rentrent au port, les maisons colorées du centre ville, les cartes postales pour touristes à la maison de la presse et le goût des kouings qu’on achetait par sachet de trois à 4euros dans la petite maison rose.

Au moins trois ans que je n’y suis pas retournée. Parfois il m’arrive d’avoir envie de faire ma valise et prendre le premier train pour Quimper. Et tant pis pour les cours, pour le boulot, tant pis pour tout. Juste pour passer une heure assise sur les rochers du Guilvinec à manger un kouing au beurre salé. Ou peut-être avec des pépites de chocolat. Juste une heure, une toute petite heure. Et après, je repartirais d’où je viens. Tout aurait duré moins d’une journée, mais j’aurais encore les poumons emplis d’air marin.

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Il y a des lieux comme ça, qui nous marquent à vie. Des sanctuaires où on cache nos souvenirs.

Les bons comme les mauvais.

Et tant qu’à faire, j’aimerais aussi retourner danser aux fest-noz, même si en neuf ans, j’ai dû tout oublier. Oui, ça va faire presque dix ans que j’ai arrêté la danse bretonne. Alors que j’étais capable de danser le plinn pendant plusieurs minutes sans faire tomber le sachet de sable qu’on avait mis sur ma tête. C’est fou ce que ça me manque. De danser. Certains trouvent que c’est ringard, mais je m’en fiche.

J’aime danser la gavotte bigoudène et le kost ar hoat jusqu’à minuit. Ou j’aimais. Je serais bien incapable de me souvenir des pas maintenant. Je faisais partie d’un cercle de danse. J’allais passer dans le groupe des adultes et obtenir le droit de porter la grande coiffe, ce pain de sucre que les touristes pointent du doigt. Ce symbole de la Bretagne. Comme s’il n’y avait que le costume bigouden et que celui-ci était unique…

Si j’avais fait un mémoire, peut-être que ça aurait été sur ça. L’histoire du costume breton, l’évolution de la mode en pays bigouden.

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Un jour, j’y retournerai, c’est certain. Mais seule, c’est compliqué. Je pense que ce serait trop dur. Peut-être que ne suis-je simplement pas encore prête. Et soudain, je me rappelle de ce passage dans le Seigneur des Anneaux, où Legolas parle des mouettes et de l’appel de l’océan.

 » Legolas Vertefeuille, longtemps sous l’arbre
Dans la joie tu vécus. Prends garde à la Mer !
Si tu entends le cri de la mouette sur le rivage,
Ton coeur plus alors dans la forêt ne se reposera  »
— J.R.R. Tolkien —

Tolkien disait que les Elfes étaient irrémédiablement appelés par la Mer et les Terres Immortelles où ils devaient se retirer pour laisser la Terre du Milieu entre les mains des hommes. Parce qu’ils avaient fait leur temps. J’ai toujours trouvé cette idée horriblement belle. Comment tout un peuple quitte le monde mortel car ce dernier a trop changé et qu’ils n’y sont plus à leur place. Legolas y résiste longtemps, il demeure en Terre du Milieu jusqu’à la mort de ses compagnons. Et enfin, il prend le bateau pour rejoindre les siens et cette terre promise qui l’attend depuis si longtemps.

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“ Chroniques de la fin d’un monde ”
Robin Benad mer plage

Robin Benad

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2 réflexions sur “J’aimerais revoir la mer

  1. Tolkien *-* petit elfe un jour tu retourneras voir la mer. C’est vrai que c’est vraiment beau la Bretagne. J’y ai passé 2 semaines en vacances il y a 6 ans (j’étais dans un tout petit village, Argenton tout au bout de la pointe du Finistère) je suis tombée amoureuse de la Bretagne, je dirais même du Finistère parce que c’est vraiment là que j’en garde le meilleur souvenir (on a parcouru divers coins de la Bretagne). Des fois moi même ça me manque, le port, les marées hautes et basses, l’océan, même le goémon me manque (et j’y ai passé seulement 2 semaines) alors j’imagine que ça doit être dur des fois. En tout cas ton texte est très joli, très poétique, ça donne envie de t’emmener là-bas pour que tu sois moins triste. Au pire tu réserve un hôtel, juste une nuit, et tu y va (sauf si y’a pas d’hôtel, bon après c’est sur que niveau financier le train tout ça c’est pas top…). Courage, tu retournera la voir la mer.

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