La Marche des Fiertés sous la pluie

Là, c’est moi avec le drapeau bi sur les épaules, les pins qui vont bien, le parapluie, les cheveux n’importe comment à cause de l’humidité, les drapeaux arc-en-ciel sur les joues et la pancarte de Bi’cause à la main

Bonjour à tous et à toutes !

Vous le savez peut-être, mais hier, c’était la Marche des Fiertés 2014 à Paris. Vous la connaissez sans aucun doute sous le nom de « Gay Pride », terme très réducteur car ce n’est pas une marche uniquement pour les gays, mais pour toute la communauté LGBT+ et les droits des membres de cette communauté. Donc on dit « Marche des Fiertés » et pas « Gay Pride » comme sur TF1 ! Merci !

Ma première Marche, c’était en 2011, il y a trois ans quand je suis arrivée à Paris. Il faisait un soleil de plomb, j’y étais allée avec quelques connaissances et je n’étais pas allée jusqu’à Bastille car j’étais trop fatiguée. En 2012, je travaillais au Mans, là où habitent mes parents donc impossible de monter à Paris et l’année dernière, je travaillais le samedi en question. Cette année, c’était vraiment l’occasion de m’impliquer. Il faut savoir que je fais partie de deux associations : Bi’cause, association pour la visibilité et la reconnaissance des bisexuel-les et toutes les orientations sexuelles assimilées comme la pansexualité & le MAG, mouvement d’affirmations des jeunes gaies, lesbiennes, bi et trans. Bien évidemment, je me suis proposée pour aider lors de la Marche !

FranceTV Info

Pourquoi j’ai décidé de Marcher ?

C’est une question qu’on me pose beaucoup. Pourquoi je Marche ? Pourquoi je pense que c’est important et pourquoi il est inenvisageable de ne pas Marcher quand j’en ai la possibilité ? Evidemment, il y a l’ambiance festive. Parce que la Marche n’est pas seulement militante, c’est aussi une occasion de faire la fête ! Il y a de la musique, c’est l’occasion de se déguiser si on en a envie, de sortir avec des potes, de chanter et de danser dans les rues de Paris, de faire du bruit et tout ce qui va avec. Mais il faut l’avouer, si ce n’était que pour me trémousser, je n’irais pas. Par pure flemme et parce que mes amis ont rarement envie de m’accompagner là-dedans.

La Marche des Fiertés, elle est aussi militante. Certains diront qu’on a eu le mariage et qu’on doit donc maintenant fermer notre gueule. Mais non ! Non, je ne fermerai pas ma gueule ! Ce n’est pas SUFFISANT ! En France, il y a des gens qui se font tabasser à cause de leur orientation sexuelle et de leur genre. Il y a des gens qui sont rejetés, insultés, discriminés. Et encore plus cette année. Regardez un peu le rapport 2014 d’SOS Homophobie. Il est alarmant. Et à chaque fois, je me dis que ça pourrait être moi. Certains diront peut-être que ça ne me concerne pas, parce qu’aujourd’hui, je ne suis pas en couple avec une femme et qu’il est même possible que je finisse avec un homme. Et alors ? Ce n’est pas une raison pour ne pas me sentir concernée. Je suis totalement concernée et chaque fois que j’entends des propos LGBTphobes, c’est comme si je me faisais attaquer indirectement.

Le gouvernement avait promis des choses. La PMA pour toutes les femmes, c’était une promesse de campagne. Et aujourd’hui, le gouvernement répète à qui veut l’entendre qu’elle ne sera pas autorisée durant le mandat en cours. Il encourage une forme de discrimination et c’est intolérable. Oui, c’est de la discrimination. Refuser quelque chose à une femme en couple avec une femme alors qu’une femme célibataire ou en couple hétéro y a droit, c’est de la discrimination. Et moi aussi, un jour je voudrais des enfants. Oui, je suis concernée, directement concernée.

Il y a aussi le don du sang pour les homosexuels et bisexuels. Sérieusement, vous savez qu’on est considéré directement comme une catégorie à risques ? Alors que ce sont les associations LGBT qui ont pendant longtemps menés le combat contre le SIDA, pour la prévention, etc ? Le SIDA touche aussi les hétéros… Et d’ailleurs, le sang est testé après un don. C’est une forme de discrimination totalement obsolète, héritée d’une France LGBTphobe.

Mais là où il y a le plus de travail : c’est sur la question du genre et les droits des trans. Vous savez que pour obtenir un changement d’état civil en France, un trans doit souvent être stérilisé ? Un peu comme un animal, oui. D’ailleurs il y a quelques jours, l’ONU a condamné la stérilisation forcée des trans. C’est une violation du corps d’autrui. Et ne parlons pas de la triple expertise demandée parfois par les tribunaux, vécus souvent comme des viols par les concernés. Aujourd’hui, il n’y a aucune loi pour protéger les trans, pour encadrer le nécessaire changement d’état civil (à défaut de pouvoir se battre contre les préjugés…). Le gouvernement avait promis des choses pendant la campagne et ils ne veulent plus se mouiller. Et en attendant, il y a des personnes qui attendent et souffrent. Je ne suis peut-être pas directement concernée, mais de toutes les revendications LGBT, c’est bien là la question qui me touche le plus.

Bien sûr, j’aimerais aussi que dans les collègues et les lycées, il y a plus d’actions pour lutter contre les LGBTphobies, contre le sexisme aussi. D’ailleurs, je rêve d’une France qui lutterait contre toutes les discriminations. Je rêve de voir les chiffres du rapport annuel d’SOS Homophobie baisser. Je rêve même d’une France où cette association n’aurait plus lieu d’être.

Je Marche pour me battre pour obtenir ces droits fondamentaux. Pour avoir le droit de disposer de mon propre corps et que les autres aient aussi ce droit.

Et oui, je connais les « risques » d’une telle marche. L’année dernière, des pro-Manif pour tous ont lancé des briques sur les Marcheurs. Parfaitement : des briques. Evidemment, ça n’arrive pas à chaque fois. Mais c’est vrai que ça arrive. Non, je n’ai pas peur de ça. Et le fait est que c’est à cause de l’existence de ce « risque » qu’il est essentiel pour moi de me rendre à la Marche. Je refuse de me taire et de me laisser faire.

FranceTV Info

Défiler sous la pluie

J’en viens à mon petit compte-rendu de la Marche des Fiertés 2014. J’avais décidé de « couper ma Marche en deux » pour pouvoir défiler avec mes deux associations. 14h-16h avec Bi’cause de 16h-18h avec le MAG.

Rendez-vous avec Bi’cause à 13h pour décorer le camion, papoter, faire les pancartes, achat d’un drapeau, maquillage arc-en-ciel de circonstance… Petit moment casse-croute avant le départ et c’était parti ! Bi’cause, en tant que seule association bi parisienne (et même française si je ne dis pas de bêtises) était dans le haut du cortège. Il a commencé à pleuvoir dès le début de la Marche. J’avais heureusement pris mon parapluie. On espérait que ça allait se calmer, mais il s’est mis à pleuvoir des litres et des litres d’eau. Mais il en faut plus pour décourager les Marcheurs ! J’étais étonnée du nombre de gens présents ! Sous la pluie, parfois en petite tenue ! Il y avait forcément moins de monde que lors des Marches sous le soleil, mais quand même ! J’avais peur que tout le monde se casse, mais non. Il y avait beaucoup de gens dans les rues, parfois juste pour voir passer le cortège. Des jeunes, des enfants, des vieux…  J’ai pu porter la banderole de Bi’cause pendant un moment, c’était assez gratifiant. On entendait la musique des autres chars un peu plus loin dans la Marche et c’était assez cool.

L’association Bi’cause sous la pluie

On approchait de Bastille quand j’ai décidé d’aller rejoindre le char du MAG. Remontée de l’ensemble du cortège… Le char du MAG était tout à la fin, autant dire que j’ai refait l’intégralité de la Marche en sens inverse. J’ai pu alors prendre quelques photos des chars et du cortège. La pluie s’était un peu calmée. Quand j’ai rejoint le MAG, j’ai profité un peu du défilé avant de prendre ma place parmi ceux s’occupant de la sécurité du char, il fallait tenir une corde tout autour du long camion pour protéger les gens et éviter qu’un imbécile aille se faire écraser le pied sous une roue. J’ai lâché mon parapluie, j’avais mon drapeau en guise de cape (drapeau qui a fini par me tenir atrocement froid d’ailleurs…), j’ai fait mettre ma veste à l’abri et hop, en t-shirt sous la petite pluie. Petite pluie qui est devenue grosse pluie… J’étais trempée jusqu’aux os, mais il ne faisait pas très froid et il y avait la musique et les cris pour se tenir en forme. Je crois que je ne m’étais jamais aussi sentie à ma place que dans le cortège. C’était grisant, avec les basses qui me remuaient de l’intérieur. Du coup je n’ai pas pu prendre de photos à ce moment-là, mais j’espère que d’autres en ont fait et que je les aurais prochainement sur FB.

Bon, quand même à la fin, j’avais super froid. Le dernier quart d’heure a été une torture, heureusement ils nous ont quand même passé des trucs sucrés pour éviter qu’on tombe en hypoglycémie et c’était fort bienvenue. Arriver à République a été un immense soulagement. Il s’est arrêté de pleuvoir à ce moment-là, j’ai pu me réchauffer un peu, et prendre le métro avec des drapeaux arc-en-ciel encore imprimés sur mes joues. J’étais contente d’être rentrée chez moi, de pouvoir retirer mes vêtements littéralement imbibés d’eau. Aujourd’hui, je n’arrive pas à marcher tellement j’ai mal aux pieds, mais tant pis !

J’espère que la prochaine fois, il fera beau et que je pourrais m’arranger pour être sur un char. En tout cas j’ai rarement été aussi fière de moi-même et je suis contente d’avoir été bénévole sinon je pense que je n’aurais même pas mis un pied dehors.

Et vous ?

Et vous, vous y étiez ? Vous avez été à d’autres Marches peut-être ? Pourquoi avez-vous défilé ? N’hésitez pas à blablater dans les commentaires !

signacordy

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